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L'hypersensibilité c'est bullshit ?

il y a 17 heures
6 min de lecture

Tu préfères regarder ? La vidéo complète est juste au-dessus.


Ce que je veux dire, ça va pas plaire à tout le monde, mais je pense qu'on devrait interdire le mot hypersensible. Pas les personnes, juste le mot.


Parce qu'aujourd'hui, j'ai l'impression qu'on utilise ce mot pour expliquer absolument tout. Tu pleures facilement ? Hypersensible. Tu stresses avant de parler à quelqu'un ? Hypersensible.


Tu ressens très fort les émotions des autres ? Hypersensible. Tu as besoin d'être seul après une journée avec beaucoup de monde ? Hypersensible.


Alors attention, je suis pas en train de dire que la haute sensibilité n'existe pas. Il existe effectivement des personnes qui sont beaucoup plus sensibles que les autres aux perceptions de l'environnement, aux émotions des autres, qui traitent davantage les informations, les sons, les ambiances, les lumières, et cetera.


Ça, je suis d'accord, ça existe, c'est pas ce que je suis en train de dire. Et c'est pas ça le problème. Le problème, c'est ce qu'on a fait de ce mot.


Parce qu'aujourd'hui, être hypersensible, c'est devenu une espèce d'étiquette un peu fourre-tout. Comme si, à partir du moment où on avait trouvé ce mot, c'est bon, on pouvait arrêter de faire quoi que ce soit. Et on arrête complètement de chercher.


Pourquoi est-ce que je réagis comme ça ? Parce que je suis hypersensible. Pourquoi est-ce que je prends autant les choses à cœur ? Bah parce que tu es hypersensible. Pourquoi est-ce que j'arrive pas à gérer cette situation ? Bah parce que tu es hypersensible.


Bah quelque part, je trouve ça dommage. C'est un peu un point final là où normalement quelque chose devrait commencer.


Parce que parfois, comprendre qu'on n'est pas bizarre, qu'on n'est pas seul dans cette situation et qu'il y a des solutions qui existent, bah ça peut être un soulagement, en fait. Mais il y a une différence entre comprendre son fonctionnement et croire qu'on est condamné à le subir.


Parce qu'à partir du moment où tu passes de « je ressens beaucoup les choses » à « je suis hypersensible », ben tu viens de transformer cette expérience, ce ressenti, en une identité et l'identité devient une prison.


Parce qu'on se demande plus : qu'est-ce que je peux apprendre de ce qui est en train de m'arriver ? Mais on se demande : comment je vais faire pour vivre avec ça toute ma vie ?


Et là, je crois qu'on fait une énorme erreur sur les émotions. On pense tout le temps, et à tort, qu'une émotion forte, c'est forcément un problème. C'est quelque chose qu'il faut éliminer, comme s'il y avait quelque chose qui fonctionnait mal.


Mais une émotion, c'est pas un problème à traiter. C'est pas ça. On doit pas ne plus ressentir les émotions. Une émotion, c'est une notification sur ton téléphone.


Est-ce que tu te mets en colère parce que tu reçois un SMS sur ton téléphone ? Non. Quand tu entends ton téléphone sonner, qu'est-ce que tu fais ?


Tu te dis pas : « Mon Dieu, non, faut pas que je regarde cette notification, faut pas que je regarde ce SMS, je ne veux pas savoir ce que c'est, c'est pas bien de recevoir des SMS. »


Tu vas tout simplement lire le message et essayer de comprendre ce qu'on veut te dire et, en fonction du message, passer à l'action en corrélation à ce que tu as lu. L'émotion, c'est exactement la même chose normalement.


Imagine un peu la situation suivante. Tu reçois un courrier important à la maison et tu décides de le poser sur la table de ta cuisine. Tu te dis : « Je vais le regarder plus tard, c'est pas important maintenant. »


Le lendemain, tu reçois une relance. Tu la poses également sur ta table de cuisine sans la regarder. Puis une autre, puis un recommandé, puis un mail, puis un appel.


À un moment donné, tu pourrais te dire : « Mais pourquoi est-ce qu'ils insistent autant, là ? » Le problème, c'est pas que l'expéditeur est devenu trop insistant. Le problème, c'est juste que tu as jamais ouvert le tout premier courrier, qui lui n'était pas du tout problématique.


Mais les émotions, c'est exactement pareil. Au début, tu as un petit signal, une petite gêne, une tension, quelque chose d'assez léger.


Mais comme on a appris à faire taire nos émotions et à les ignorer parce que « oh là là, c'est pas bien d'en ressentir », on ignore et le message revient, mais beaucoup plus intensément.


Et au bout d'un moment, on se retrouve avec des émotions qui prennent tellement de place, ben qu'on considère qu'on est hypersensible et qu'on est foutu. On va devoir vivre avec ça toute notre vie.


Alors qu'en fait, c'était peut-être pas une émotion trop forte, mais juste que tu l'as trop ignorée et trop longtemps. Et là, ça change complètement la façon de voir les choses.


Je suis désolée, parce que l'émotion, c'est absolument pas un truc que tu dois supprimer. C'est surtout quelque chose que tu dois écouter, comme une espèce de facteur neutre. Exactement comme la notification sur ton téléphone. Tu vas lire le message et en conséquence, il y aura des agissements derrière.


On va prendre la colère, par exemple. Depuis qu'on est enfant, on nous apprend qu'être en colère, c'est pas bien. Faut surtout pas se mettre en colère, faut bien être sage.


La colère, c'est mauvais. Une personne qui est en colère, c'est une personne qui sait pas se contrôler, qui a des mauvaises intentions.


Mais la colère, elle arrive pas par hasard. Derrière la colère, à chaque fois, ben, il y a un message. Peut-être que c'est une limite qui a été dépassée, peut-être que c'est quelque chose qui n'est pas juste. Peut-être que c'est quelque chose qui respecte pas tes besoins.


La colère, elle est pas forcément là pour détruire. Elle est aussi là pour te protéger.


Et prenons la peur également. La peur, on aimerait bien ne pas la ressentir, celle-ci. On aimerait bien tout oser, tout savoir, jamais douter, jamais avoir peur.


Mais la peur, elle est pas là pour t'empêcher de vivre. Elle essaie elle aussi de te protéger de quelque chose.


Donc, au lieu de te dire : « Là, faudrait pas que j'aie peur. Comment je peux faire disparaître ma peur ? », réfléchis plutôt à : qu'est-ce que cette peur essaie de me dire ?


Parfois, derrière la peur d'échouer, il peut y avoir plutôt la peur du jugement. Derrière la jalousie, il y a la peur de perdre quelqu'un. Parfois, derrière une réaction très forte à une remarque, il y a une ancienne blessure qui se réactive.


L'émotion visible, c'est pas toujours ça le vrai message. C'est comme une alarme qui sonne dans une maison. Ben l'alarme, c'est pas le problème. Elle t'indique simplement qu'il y a le feu quelque part et que c'est là-bas que tu dois y regarder.


Le problème, c'est que nous, on passe notre vie à essayer de débrancher l'alarme, à enlever les piles pour qu'elle ne sonne jamais, et surtout sans chercher pourquoi elle sonne.


Si tu fais ça, OK, l'alarme, tu l'entendras plus. Par contre, le feu, il continue d'être là. Il va brûler toute la maison.


Bon, la bonne nouvelle, c'est que ça s'apprend. On peut apprendre à reconnaître ses émotions et à les comprendre. On peut apprendre à les réguler. On peut apprendre à créer un espace entre ce que l'on ressent et ce que l'on fait.


Parce que gérer ses émotions, c'est absolument pas ne rien ressentir. C'est être capable de les ressentir sans pour autant en devenir esclave.


D'ailleurs, je te propose une petite expérience. Pense tout simplement à une situation assez récente qui t'a provoqué une émotion forte. Garde-la simplement en tête.


Maintenant, ferme les yeux et observe ton corps. Où est-ce que cette émotion se manifeste ? Dans la poitrine, dans le ventre, dans la gorge ?


Qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce que tu ressens ? Qu'est-ce qui se provoque en toi ?


Et maintenant, on va simplement prendre une respiration un petit peu plus ralentie. Donc c'est parti, on va inspirer et expirer longtemps.


Encore une fois. Une dernière fois.


Maintenant, regarde comment se comporte ton corps. Observe le changement que tu ressens. L'intensité de l'émotion a déjà diminué. C'est exactement ça, la régulation émotionnelle.


Alors, peut-être que la question, ça n'est pas : comment devenir moins sensible ? Mais plutôt : pourquoi avons-nous considéré que notre sensibilité était un problème ?


Parce qu'une émotion que tu écoutes, elle devient une information. Une émotion que tu comprends, elle devient une ressource. Une émotion que tu arrêtes de combattre peut enfin travailler avec toi.


Alors, la prochaine fois qu'une émotion arrive, au lieu de te dire : « Non, je ressens ça encore », essaie simplement de te demander : qu'est-ce que cette émotion essaie de me montrer et que j'ai pas encore compris ?


Ah, et abonne-toi si tu veux enfin faire de tes émotions une véritable force.

 
 
 

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